Le blog de rose de mai

          Les faïences de Nevers sont connues, reconnues et appréciées dans le monde entier. Qui n'a pas entendu parlé de cette couleur exceptionnelle "le bleu de Nevers" ?

           La nombreuse variété de la production des manufactures témoigne de sa faculté d'adaptation face à une clientèle exigeante et diversifiée.
Les faïenceries atteignent leur sommet au XVIIè siècle. Malgré un déclin qui s'annonce dès le siècle suivant, Nevers saura reconvertir sa production et produire jusqu'au XIXè des faïences populaires d'une naïveté émouvante.
 
Pour bien comprendre, nous devons connaître les règles incontournables de ces faïenceries :
* Faïence de "grand feu" (940° de cuisson)
* Absence de rouge qui est remplacé par le jaune obscur (orange)
* Absence de noir remplacé par le brun de manganèse
* Le beige rosé de la terre
* Les décors sont éléments essentiels
* L'émail est bleutée au XVIIè , blanc pur au XVIIIè
* Peu de pièces sont signées, d'où impossibilité de reconnaître les fabriques.
 
Depuis l'époque gallo-romaine, Nevers possède des activités liées à la terre. C'est un centre économique et commercial important, renforcé par un port sur la Loire bien placé.
Les gisements d'argile et de marne son proche, le bois pour alimenter les fours viennent du Morvan.
 
          
           La province du Nivernais est, dans les années 1560 gouvernée par Louis de Gonzague, originaire de Mantoue en Italie.
Par son mariage avec Henriette de Clèves, il deviendra Duc de Nevers. Il octroie un privilège d'exploitation faïencière de 1584 à, 1630, à la famille Conrade originaire elle aussi d'Italie.
           La plupart des faïenceries reprennent d'anciennes poteries "terrailles" . Très vite la qualité de production permet un développement rapide des ateliers.
Nevers interprète toutes sortes de décors. La faïence est étonnamment riche et complexe. Les formes et motifs traduisent la volonté de perpétuer la tradition italienne, notamment dans les pièces d'apparat. Ces décors rappellent les centres d'Urbino et d'autres centres italiens. Les sujets s'inspirent de la mythologie ou de scènes bibliques. Ils traduisent le"maniérisme" de l'époque. Les ateliers savent aussi créer des pièces pour une clientèle moins fortunée. Toutefois, la qualité de Nevers, quoique exceptionnelle, n'égalera jamais les majoliques, ces faïences italiennes créées à Faenza (d'où viendrait le mot faïence). Les teintes y sont plus fades, il manque les réhauts blancs typique de la majolique. L'émail, moins luisant est dépourvu de cette "coperta" (enduit vitreux)qu'utilise les Italiens.
Au début du XVIIè siècle, Nevers voit naître le style "Italo-Nivernais". Il s'affirme avec une grande liberté dans les décors, les modèles et les coloris. La spontanéité y est de rigueur. Un goût local, parfois maladroit donne sa personnalité à ces faïenceries. Le "fond ondé" rappelle les mouvements de la Loire, d'où émergent des divinités marines sont pleins de charmes. Les décors, tirés de gravures françaises ou hollandaises, sont traités en plein (bordure unie décorée de perles ou de guirlandes de fleurs, feuilles …).
La palette douce des débuts devient moins accentuée. Les jaunes, les bleus, les verts accompagnent des figures délicates. Les camaïeux bleus datent du milieu du XVIIè.
Vers le milieu du XVIIè siècle, la période "Conrade" s'achève. Un plat ovale, aujourd'hui au musée de Saumur, possède un intérêt particulier car signé "Conrade de Nevers".
  
 
           Il représente parfaitement le style de cette période. Un semis d'oiseaux, de poissons, de biches, de lièvres, de fleurs, de plantes exubérantes est jeté sur la surface du plat. Des étoiles donnent la touche finale. Une composition parfaitement équilibrée.
           A l'expiration des privilèges, plusieurs fabriques s'installent. Nicolas Bourcier en 1632 suivi de Pierre Custode (ayant pour enseigne "l'Autruche") en 1648 et Nicolas d'Estienne (enseigne au nom de "Ecce Homo") en 1652. On assiste à l'éclosion d'un art nouveau. Sans quitter la tradition, l'inspiration des peintres nivernais se tourne, à cette période, vers les scènes "historiées" représentant un véritable tableau. La palette de couleurs se modifie, s'enrichit. On voit réapparaître une polychromie (plusieurs couleurs) puissante, éclatante. L'émail est onctueux, brillant.
Nevers comme les faïenceries italiennes s'essaient à tous les décors. Ils suivent une mode dictée par une clientèle exigeante et souvent très fortunée.
Le style "Italo-Nivernais" est riche, varié. Il exprime l'évolution du goût français. Plats à bords larges, vases monumentaux, aiguières, bouteilles à cols étroits sont habituels. Les décors tiendront compte de la mode littéraire tournée vers les scènes galantes et champêtres : le Roman de l'Astrée d'Honoré d'Urfé ": scènes Patres et Pastourettes"
Des pièces plus spécifiques sont fabriquées vases d'autel, statues (vierge à la pomme). Ces sculptures émaillées ont une noblesse rare, la qualité de l'émail et la discrétion des décors y est exceptionnelle. Ces objets à caractères religieux deviennent vite une spécialité nivernaise. Les couleurs où dominent le bleu et le jaune mettent en valeur l'expression de chaque visage.
 
 
           Le "décor persan" fait son apparition vers 1630. Il est lancé par la fabrique Custode et connut une vogue durant tout le siècle. C'est une nouvelle source d'inspiration. Fortement influencée par les vases venus de Perse,les formes sont élégantes et les couleurs profondes tel ce bleu persan composé de bleu légèrement violacé sur lequel se détachent des ornements floraux traités en blanc.
Un autre décor, dit "à la palette" firent leur apparition. Des bustes, des jardinières offrent leur surprenante formes à des couleurs en général assez violentes. Une curieuse survivance du temps des potiers. Ces faïences furent très peu nombreuses.
Vers 1670, le "décor chinois" , inspiré des porcelaines orientales, se répandent sur le continent. L'histoire nous rappelle que ce décor bleu et blanc prit naissance en Hollande et que les exportations de Delft furent à l'origine de cette cette mode. Il est à noter cependant que les formes orientales furent adoptées très tôt par Nevers. De même les manufactures nivernaises furent les premières à utiliser ce décor bleu et blanc, rapidement imitées par Rouen et St-Jean du Désert. Au début, les décors comportaient des personnages chinois évoluant dans un paysage champêtre. 
A partir de 1719, la création par Colbert du monopole de la Compagnie des Indes assura l'importation de produits d'Orient. Débarquée à Lorient, les porcelaines et autres produits furent acheminée par la Loire. Les artistes faïenciers s'inspirèrent "en direct" . La facture devient personnelle. Les couleurs s'affinent et l'utilisation du violet de manganèse augmente. Le bleu utilisé avec une plus grande habileté, est décliné en dégradés apportant un relief méconnu jusqu'ici. Les décors chinois éliminèrent peu à peu les autres motifs. Les objets, de plus petite taille, sont utilisés quotidiennement par la société bourgeoise. On commence à y fabriquer des assiettes, ce qui n'avaient jamais été fait sur Nevers.
 
             Au XVIIIè les manufactures employèrent jusqu'à 600 ouvriers. Malgré les arrêts du conseil limitant l'installation des manufactures, le nombre des ateliers se multiplient. Les noms des italiens se raréfient, laissant place à Claude Ollivier, Henri Borne, François Haly ...
           C'est à cette époque que Nevers interprète le décor "à la dentelle" créée par la manufacture de Rouen. Les camaïeux de bleus, chers à Nevers, s'intègrent parfaitement à cette technique. Une fois de plus, les copies sont moins rigoureuses. Les artisans nivernais, habitués à une grande liberté d'expression, se plient mal aux contraintes qu'imposent ces décors.
Dans cette même période, quelques pièces "interprétation de Moustiers" furent fabriquées, principalement le décor "à la Bérain" en bleu et blanc. Les bordures quant à elle demeure typiquement nivernaise.
A partir de 1792, la prospérité ralentit. Cinq ans plus tard, cinq fabriques ferment leurs portes, six sont en difficultés. C'est le début du déclin. L'arrivée de la porcelaine en sont la principale cause. 
Arrive les faïences populaires. Les formes changent, bouteilles, sabots, plaques votives etc. Les dessins s'apparentes de plus en plus à de l'imagerie. Avant tout anecdotiques, elles retracent les gestes de tous les jours. Elles s'accompagnent souvent de textes satiriques. La quantité est de mise, la qualité, en dessous des créations du siècle précédent. Les thèmes sont variés. En voici quelques uns :
- Le Pont de Nevers enjambant la Loire encombrée de bateaux.
- Le Décor à la Messe, tiré d'un ensemble de gravures.
- Le Décor au Ballon, acclamant l'expérience de Pilatre de Rozier relate l'épopée des hommes volants. De qualités modestes, ces pièces atteignent les sommets lors de ventes.
- L'Arbre d'Amour d'après un thème déjà utilisé en 1736.
Vers 1750, les pièces patriotiques, longtemps dédaignées, connaissent un regain d'intérêt.
A cette période, là clientèle est principalement le peuple et les bourgeois.
 
 
 
           Les sujets patronymiques et corporatifs perpétuent la mémoire collective ou personnelle d'une famille, d'un métier. A travers cette production foisonnante, on peut retracer une certaine chronologie de l'histoire. Certaines commandes sont symboliques et permettent l'envoi de messages :
La balance représente la justice, l'ancre l'espérance, l'Etoile la Vierge et la pureté ….
On retrouve des décors maçonniques datant de la fin du règne de Louis XV et de celui de Louis XVI. Tous sont traités en polychromie douce à dominante jaune et bleue.
 Malgré les immenses difficultés, le XIXè siècle verra survivre quatre fabriques dont la plus importante celle du "Bout du Monde", dirigée par la famille Montagnon. Aucune nouveauté, on se contente de reprendre les décors existants. Certaines pièces se signent avec un "nœud vert".
Ce "noeud vert" sert aujourd'hui de label de qualité et d'authenticité. Les signataires s'engagent à réaliser à la main, dans leurs ateliers, les pièces façonnées.
depuis quatre siècles, Nevers travaille cet art de la terre et du feu, avec gloire et difficulté. La tradition est respectée par les artisans aujourd'hui en place. Les pièces raffinées qui sortent des ateliers perpétuent la célébrité des faïences de Nevers.
En 2002, six faïenceries poursuivent cet art :
 
Gérard Montagnon, La Faïencerie du Bout du Monde, la plus ancienne.
François Bernard
Christine Girande
Jean-Pierre Georges
Isabelle Cadinot
Laetitia Welsch.
 

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